En tant que dentiste libéral, le choix de votre statut juridique est une étape clé de votre carrière. En effet, ce choix influence directement votre fiscalité, vos charges sociales, mais aussi votre rémunération nette, votre protection sociale et la façon dont vous développerez votre cabinet. Entre l'exercice en nom propre (BNC), plus simple, et la société (SELARL ou SELAS), plus structurée, il faut bien comprendre les avantages de chaque statut pour faire le bon choix. Cet article vous aide à y voir plus clair pour optimiser votre rémunération sur le long terme.
Un dentiste libéral peut exercer seul, en collaboration ou s'associer en société. Le choix se fait principalement entre le régime BNC (Bénéfices Non Commerciaux), simple mais avec une responsabilité illimitée, et la SEL (Société d'Exercice Libéral), qui protège votre patrimoine personnel.
En société, vous optimisez votre rémunération en arbitrant entre salaire de gérance (pour les droits sociaux) et dividendes (moins taxés). Au-delà du statut, bien gérer vos charges déductibles et utiliser des solutions d'épargne retraite sont aussi de bons moyens d'augmenter votre revenu net.
Avant de parler fiscalité, vous devez d'abord définir comment vous voulez exercer. Chaque option a ses avantages et ses contraintes, qui vous orienteront naturellement vers le statut juridique le plus adapté. Voici les trois grandes options qui s'offrent à vous :
Si vous êtes titulaire de votre cabinet, vous êtes propriétaire de tout : structure, patientèle et matériel. Vous êtes ainsi totalement indépendant pour vos décisions, votre emploi du temps et la gestion.
L'inconvénient, c'est l'investissement de départ souvent important (patientèle, équipement, locaux) et toute la gestion administrative que vous devez gérer seul. Au début, le statut BNC est le plus courant. Mais si votre activité grandit, passer en SEL unipersonnelle (SELURL) peut être une bonne solution pour optimiser votre fiscalité.
La collaboration libérale est une excellente option pour démarrer. Vous exercez dans le cabinet d'un confrère et lui versez une redevance sur vos honoraires.
Vous restez indépendant, vous organisez votre travail librement et vous pouvez même développer votre propre patientèle, le tout sans investissement initial. Fiscalement, vous êtes en BNC, avec vos propres déclarations à faire. C'est une solution idéale pour les jeunes diplômés qui veulent de l'expérience avant de se lancer seuls. Pour trouver le bon cabinet et sécuriser ce premier contrat, un cabinet spécialisé dans l'accompagnement des chirurgiens-dentistes peut vous aider à trouver l'offre d'emploi de dentiste la plus adaptée à votre projet, partout en France.
S'associer peut se faire de deux manières. La première est la Société Civile de Moyens (SCM), qui sert à partager les frais (loyer, personnel, matériel). Chacun garde ses propres recettes, sa patientèle et son statut fiscal.
La seconde option, la Société d'Exercice Libéral (SEL), va plus loin : la société encaisse tous les honoraires et les bénéfices sont partagés entre les associés. S'associer en SEL permet de réduire les coûts, de partager les responsabilités et de créer une dynamique de groupe, un vrai plus pour développer le cabinet.
C'est vraiment le cœur de votre décision. Ce choix va déterminer comment vos revenus seront imposés, comment votre patrimoine sera protégé et la souplesse que vous aurez pour gérer votre cabinet.
| Caractéristique | Exercice en nom propre (BNC) | Société d'Exercice Libéral (SEL) |
| Responsabilité | Illimitée (patrimoines pro et perso confondus) | Limitée aux apports dans la société |
| Fiscalité | Impôt sur le Revenu (IR) sur 100% du bénéfice | Impôt sur les Sociétés (IS) sur les bénéfices |
| Rémunération | Le bénéfice est le revenu du praticien | Rémunération de gérance + dividendes |
| Complexité | Comptabilité et gestion simples | Gestion plus structurée (statuts, AG...) |
| Protection Sociale | Travailleur Non Salarié (TNS) | TNS (SELARL) ou Assimilé-salarié (SELAS) |
Le régime BNC est souvent le choix de départ pour un dentiste libéral. Vos revenus sont ajoutés à votre déclaration d'impôt personnelle, après avoir déduit vos charges (déclaration 2035). La comptabilité est simple : vous notez les encaissements et les décaissements.
Le principal inconvénient est que votre responsabilité est illimitée, ce qui signifie que vos patrimoines personnel et professionnel sont liés. L'impôt et les cotisations sociales sont calculés sur la totalité de votre bénéfice. C'est un bon statut au début, mais dès que vos revenus augmentent, les prélèvements peuvent devenir très lourds et dépasser 50 % de ce que vous gagnez.
De son côté, la SEL est une société à part entière, distincte de vous-même. C'est elle qui encaisse les honoraires et paie les charges. Elle est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), avec un taux réduit de 15 % sur la première tranche de bénéfices.
En tant que dirigeant, vous pouvez vous verser une rémunération et/ou des dividendes. L'avantage majeur est que votre responsabilité est limitée à vos apports, ce qui protège votre patrimoine personnel. La SELARL ressemble à une SARL, alors que la SELAS, inspirée de la SAS, offre plus de souplesse dans son organisation. La SEL est intéressante dès que vos bénéfices dépassent vos besoins, car elle vous permet de réinvestir plus facilement dans le cabinet.
Alors, quand faut-il passer du BNC à la SEL ? Plusieurs signes peuvent vous alerter.
Notre conseil : On parle souvent d'un seuil de 150 000 € à 200 000 € de chiffre d'affaires, mais seule une simulation personnalisée avec un expert-comptable vous donnera la bonne réponse pour votre situation.
Une fois en SEL, vous disposez d'excellents outils pour piloter votre rémunération et votre fiscalité. Il ne s'agit plus seulement de faire du chiffre d'affaires, mais de bien organiser la sortie de votre argent.
Une fois en société, vous avez deux façons de vous rémunérer. D'un côté, la rémunération de gérance, qui est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. Elle vous donne droit à une protection sociale (maladie, retraite). De l'autre, les dividendes, qui sont une partie du bénéfice distribué après impôt sur les sociétés.
| Type de revenu | Rémunération de gérance | Dividendes |
| Base de calcul | Montant librement fixé dans les statuts ou par AG | Bénéfice distribuable après IS |
| Cotisations sociales | Oui, base de calcul de la protection sociale | Prélèvements sociaux (CSG/CRDS) + cotisations si > 10% du capital (SELARL) |
| Fiscalité | Impôt sur le Revenu (barème progressif) | Flat tax (30%) ou barème progressif de l'IR |
| Avantage principal | Crée des droits sociaux (retraite, maladie) | Fiscalité potentiellement plus faible |
Attention toutefois : une partie des dividendes (au-delà de 10 % du capital) est maintenant aussi soumise aux cotisations sociales en SELARL. Tout l'enjeu est de trouver le juste milieu : couvrir vos besoins, cotiser assez pour la retraite, et payer le moins d'impôts possible.
Un grand avantage de la SEL, souvent sous-utilisé, est de pouvoir garder une partie des bénéfices dans la société. Cet argent n'est taxé qu'à l'impôt sur les sociétés (15 % puis 25 %), bien moins que si vous vous l'étiez versé en salaire ou dividendes.
Bon à savoir : Vous pouvez ainsi utiliser cette trésorerie pour financer vos futurs investissements avec de l'argent qui a été peu taxé. Si vous prévoyez des achats importants, c'est une excellente façon de gagner en rentabilité.
Votre statut a un impact direct sur votre protection sociale. En BNC, vous êtes Travailleur Non Salarié (TNS). Vos cotisations dépendent de votre bénéfice et votre couverture est souvent plus limitée.
En SELARL (gérant majoritaire), vous êtes aussi TNS, mais les cotisations sont calculées sur votre rémunération, ce qui vous donne plus de contrôle. En SELAS, en tant que président, vous êtes "assimilé-salarié". Vous cotisez plus cher mais vous bénéficiez de la même protection que les salariés (sauf pour le chômage). C'est pour cette raison, et pour sa souplesse, que la SELAS est de plus en plus choisie.
Quel que soit votre statut, d'autres stratégies existent pour alléger vos impôts et améliorer votre rémunération nette.
Un cabinet dentaire a beaucoup de charges déductibles, mais on oublie souvent d'en profiter pleinement. Les frais évidents comme le loyer, les salaires, les cotisations ou les assurances sont bien pris en compte.
Mais pensez aussi à tout le reste : frais de prothèse, consommables, formations, congrès, ou encore frais de déplacement. N'oubliez pas non plus l'amortissement du matériel : en étalant le coût d'un équipement sur plusieurs années, vous réduisez votre bénéfice imposable chaque année, et donc vos impôts.
De plus, pensez à l'épargne retraite pour payer moins d'impôts. Avec le Plan d'Épargne Retraite (PER) ou le contrat Madelin, les sommes que vous versez sont déduites de votre revenu imposable. Vous faites donc d'une pierre deux coups : vous payez moins d'impôts aujourd'hui et vous vous constituez un capital pour demain.
Le contrat Madelin est assez souple dans ses versements. Le PER offre quant à lui plus de flexibilité pour récupérer votre argent à la retraite : en capital, en rente, ou même pour acheter votre résidence principale.
Enfin, pour aller plus loin dans la gestion de votre patrimoine, il existe des solutions plus avancées. Par exemple, vous pouvez créer une Société Civile Immobilière (SCI) pour acheter les murs de votre cabinet.
Votre société d'exercice (SEL) paiera alors un loyer à la SCI. Ce loyer est une charge déductible, et votre patrimoine immobilier est protégé des risques de votre activité. Pour les montages plus complexes, la SPFPL (holding) permet de recevoir les dividendes de votre SEL avec une fiscalité très avantageuse. Vous pouvez ensuite réinvestir cet argent dans d'autres projets. Ce sont des montages efficaces mais qui demandent l'aide d'un expert.
La différence majeure réside dans la responsabilité et la fiscalité. En BNC, votre responsabilité est illimitée et votre bénéfice est taxé à l'impôt sur le revenu (IR), tandis qu'en SEL, votre responsabilité est limitée aux apports et la société est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), ce qui permet de séparer rémunération et dividendes.
Le passage en SEL devient pertinent lorsque votre bénéfice dépasse vos besoins personnels, souvent autour de 150 000 € à 200 000 € de chiffre d'affaires. Une simulation personnalisée avec un expert-comptable reste cependant indispensable pour valider ce choix.
Il s'agit de trouver un équilibre : la rémunération de gérance est soumise aux cotisations sociales et ouvre des droits (retraite, maladie), alors que les dividendes bénéficient d'une fiscalité souvent plus légère mais ne génèrent pas de protection sociale. L'arbitrage optimal dépend de vos besoins et de vos objectifs de long terme.
Le statut de président de SELAS offre la meilleure protection sociale car il vous confère le statut d'assimilé-salarié, similaire à celui des cadres (sauf pour l'assurance chômage). Les statuts BNC et gérant majoritaire de SELARL relèvent du régime des Travailleurs Non Salariés (TNS), dont la couverture est généralement plus limitée.
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