Devenir freelance, c'est choisir la liberté et l'autonomie. Mais cette indépendance a un prix : vous êtes seul responsable de la préparation de votre avenir financier.
Contrairement aux salariés, les indépendants doivent gérer eux-mêmes leur protection sociale et bâtir leur propre stratégie de retraite et de patrimoine. Ce guide est donc là pour vous expliquer comment fonctionne la retraite des freelances et vous donner des pistes concrètes pour optimiser vos revenus futurs et sécuriser votre patrimoine.
Le système de retraite des freelances est bien différent de celui des salariés. En effet, vos cotisations sont plus faibles et il n'y a pas de part patronale, donc votre pension de base sera généralement plus basse. Pour compenser, des solutions d'épargne comme le Plan d'Épargne Retraite (PER) ou l'assurance-vie sont tout simplement indispensables.
Par ailleurs, l'immobilier, que ce soit en direct ou via des SCPI (la "pierre-papier"), est une autre option intéressante pour diversifier vos sources de revenus une fois à la retraite. Optimiser votre retraite de freelance, c'est aussi faire les bons choix pour votre statut juridique, votre rémunération et la gestion de la trésorerie de votre entreprise.
La grande différence entre un salarié et un freelance, c'est l'absence de part employeur dans les cotisations. Quand vous êtes salarié, votre entreprise prend en charge une part importante de vos cotisations retraite.
En freelance, en revanche, vous payez tout vous-même. En chiffres, la différence est parlante.
| Critère | Salarié | Freelance |
| Taux de cotisation | Environ 28 % du brut | Entre 17 % et 22 % du net |
| Part patronale | Près de 60 % des cotisations | Aucune |
| Effort de cotisation | ~28% (dont 11% pour le salarié) | 17% à 22% (100% pour le freelance) |
| Exemple de pension | ~1 500 € / mois | ~900 € à 1 100 € / mois |
La conséquence est simple : votre pension de base sera beaucoup plus faible. Par exemple, avec un revenu moyen de 3 000 € par mois, un salarié peut espérer toucher environ 1 500 € de retraite, contre seulement 900 € à 1 100 € pour un freelance avec les mêmes revenus.
Bon à savoir : Il est crucial d'avoir cette différence en tête le plus tôt possible, car la retraite en freelance ne s'improvise pas, elle s'anticipe tout au long de sa carrière. Pour commencer, analyser sa retraite en tant qu'indépendant permet d'avoir une première estimation concrète de votre future pension.
Votre régime de retraite dépend directement de votre statut juridique. Les artisans, commerçants et industriels sont rattachés à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), l'ancien RSI. Le système est proche de celui des salariés, mais sans la part patronale.
Les professionnels libéraux, quant à eux, dépendent d'une autre caisse, la CNAVPL, qui se divise en plusieurs branches selon les métiers. La CIPAV, par exemple, concerne les consultants, formateurs ou architectes, tandis que d'autres caisses spécifiques existent pour les médecins (CARMF), les auxiliaires de santé (CARPIMKO) ou les avocats (CNBF).
Le choix entre une EURL (statut TNS) et une SASU (statut assimilé salarié) est aussi crucial pour la retraite. Le président de SASU est comme un salarié : il a des fiches de paie et cotise à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Le gérant d'EURL, lui, dépend de la SSI ou de la CIPAV, avec des cotisations souvent plus basses.
Notre conseil : Quel que soit votre statut, pensez à vérifier régulièrement votre relevé de carrière sur le site info-retraite.fr. C'est le meilleur moyen de voir s'il vous manque des trimestres et de faire le point sur votre situation.
Pour valider vos trimestres, tout est une question de revenu. Pour valider 4 trimestres dans l'année, vous devez gagner au minimum l'équivalent de 600 fois le SMIC horaire. Le calcul se fait sur l'année entière, peu importe quand vous avez gagné cet argent.
Le calcul de votre pension de base suit une formule précise : c'est 50 % de la moyenne de vos 25 meilleures années de revenus (dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale), ajusté en fonction du nombre de trimestres que vous avez validés par rapport à ce qui est requis pour votre génération.
Ce montant peut être revu à la baisse (décote) s'il vous manque des trimestres au moment du départ, ou à la hausse (surcote) si vous en avez plus que nécessaire. La retraite complémentaire, elle, fonctionne avec un système de points. Les assimilés salariés (président de SASU) cotisent à l'Agirc-Arrco à hauteur de 16 % de leur salaire, tandis que les TNS cotisent à hauteur de 8 à 10 % de leur revenu. Dans les deux cas, plus votre rémunération est élevée, plus vous accumulez de points, et plus votre complémentaire sera importante.
Chaque solution d'épargne a ses propres caractéristiques. Voici un tableau pour vous aider à y voir plus clair :
| Produit | Objectif Principal | Disponibilité des fonds | Avantage fiscal principal |
| PER | Préparer la retraite | Bloqués jusqu'à la retraite | Déduction des versements du revenu imposable |
| Assurance-vie | Épargne flexible / Transmission | Disponible à tout moment | Abattement sur les gains après 8 ans |
| PEA | Dynamiser son capital | Bloqués 5 ans pour avantage fiscal | Exonération d'impôt sur les plus-values après 5 ans |
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est un produit d'épargne pensé pour la retraite. L'argent que vous versez est bloqué jusqu'à ce que vous arrêtiez de travailler, ce qui force une certaine discipline financière, très utile pour les indépendants. Son gros avantage, c'est la fiscalité.
En effet, chaque euro que vous versez sur votre PER est déduit de votre revenu imposable, ce qui vous fait payer moins d'impôts tout de suite. C'est très intéressant si vous avez une grosse année avec une tranche d'imposition à 30 % ou 41 %.
Au moment de la retraite, vous avez le choix : récupérer l'argent en une ou plusieurs fois (en capital), le toucher sous forme de revenus réguliers à vie (rente viagère), ou un mélange des deux, selon vos projets. Vous pouvez aussi débloquer l'argent plus tôt dans certains cas, notamment :
Attention tout de même : si vous avez déduit les versements de vos impôts, l'argent que vous sortirez sera imposé. Le PER est donc surtout intéressant si vous pensez avoir des revenus plus faibles (et donc une tranche d'imposition plus basse) à la retraite.
L'assurance-vie, c'est un peu le couteau suisse de l'épargne. Contrairement au PER, l'argent n'est pas bloqué. Vous pouvez verser quand vous voulez et retirer quand vous le souhaitez, sans avoir à fermer le contrat.
Côté fiscalité, elle devient très intéressante après 8 ans. Les gains profitent d'un abattement annuel sur les retraits : 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple. C'est parfait pour se créer un complément de revenus à la retraite avec peu d'impôts.
Dans un contrat, vous avez accès à de nombreux supports d'investissement. Vous pouvez choisir la sécurité avec les fonds en euros ou chercher plus de performance avec des unités de compte (actions, immobilier...), selon votre profil de risque. C'est aussi un excellent outil pour la transmission. En cas de décès, l'argent va aux bénéficiaires que vous avez choisis, avec une fiscalité très avantageuse, en dehors de la succession classique. Pour un freelance qui veut protéger ses proches, c'est un vrai plus.
Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) est un produit fait pour investir dans des actions d'entreprises européennes. Le principe est simple : vous achetez des actions ou des fonds, et votre capital grandit avec les marchés financiers sur le long terme.
Son principal avantage est fiscal : après 5 ans, les plus-values ne sont pas soumises à l'impôt sur le revenu (vous payez juste les prélèvements sociaux de 17,2 %). C'est un bon moyen de faire fructifier une partie de son épargne.
Il y a quand même quelques règles à connaître. Les versements sont limités à 150 000 €. Et si vous retirez de l'argent avant 5 ans, le plan est clôturé, ce qui le rend peu adapté à une épargne de court terme.
Au final, le PEA est parfait pour dynamiser une partie de votre patrimoine. Dans une bonne stratégie, il complète très bien le PER (pour les impôts) et l'assurance-vie (pour la flexibilité). Les trois peuvent coexister pour préparer au mieux votre retraite.
L'investissement locatif a de quoi séduire : c'est un bien concret qui génère des revenus réguliers et peut prendre de la valeur avec le temps. Cette image rassurante en fait une option often envisagée par les freelances pour leur retraite.
Attention toutefois, ce n'est pas si simple, surtout pour un indépendant. L'apport de départ est important et bloque beaucoup de capital. La gestion prend du temps (trouver un locataire, gérer les impayés, les travaux...), ce qui est compliqué à faire à côté de son activité. C'est aussi un investissement peu liquide et concentré sur un seul bien.
La fiscalité est aussi un gros point noir. Les revenus fonciers sont lourdement taxés, entre votre tranche d'imposition et les prélèvements sociaux. Pour un freelance imposé à 30 %, près de la moitié des loyers peut partir en impôts, ce qui plombe sérieusement la rentabilité.
Les SCPI (la "pierre-papier") sont une alternative intéressante. Elles permettent d'investir dans l'immobilier d'entreprise (bureaux, commerces...) avec quelques centaines d'euros seulement. En achetant des parts, vous touchez votre part des loyers sans vous occuper de la gestion.
Les avantages sont nombreux :
Le rendement tourne autour de 4 % à 5 % par an, un bon complément de revenus pour la retraite. Il y a tout de même des points à surveiller. Les frais d'entrée sont élevés (autour de 10 %), il faut donc viser un investissement sur le long terme (10 ans minimum). L'argent n'est pas disponible immédiatement, ce qui peut être un problème en cas de besoin urgent. Enfin, la fiscalité sur les revenus peut être lourde.
Il y a plusieurs façons d'investir en SCPI. Vous pouvez acheter vos parts directement si vous avez la trésorerie, ou à crédit pour utiliser l'effet de levier. Le plus malin est souvent de les intégrer dans une assurance-vie pour profiter de sa fiscalité avantageuse et ne pas être imposé sur les loyers chaque année.
Le choix entre SASU et EURL a un impact direct sur votre retraite. Voici un résumé des différences clés :
| Caractéristique | SASU (Assimilé-Salarié) | EURL (TNS) |
| Statut du dirigeant | Président, assimilé-salarié | Gérant, travailleur non salarié |
| Charges sociales | Plus élevées (~65% du net) | Plus faibles (~45% du net) |
| Droits retraite | Meilleurs (surtout complémentaire) | Plus faibles |
| Stratégie | Privilégie les droits obligatoires | Libère de la trésorerie pour l'épargne personnelle |
En EURL, comme travailleur non salarié (TNS), vous payez moins de charges sociales. Cela vous laisse plus de trésorerie pour investir vous-même dans des produits d'épargne comme un PER ou une assurance-vie. C'est un choix à faire entre cotisations obligatoires et épargne personnelle.
Attention toutefois à un point crucial en SASU : les dividendes ne créent aucun droit à la retraite. Un président de SASU qui se paie uniquement en dividendes ne valide aucun trimestre ni point de retraite. Sans épargne à côté, sa retraite risque d'être très faible, voire inexistante.
Il est donc essentiel de choisir un statut qui correspond à vos objectifs de protection sociale et à votre stratégie patrimoniale. Pour bien comparer les statuts juridiques avant de décider, des simulateurs dédiés vous donnent une vision claire des différences en termes de charges et de revenus nets. Il n'y a pas de solution parfaite, tout dépend de vos priorités.
La première chose à faire est de calculer la rémunération minimale dont vous avez besoin pour valider vos 4 trimestres de retraite chaque année. Ce seuil est souvent moins élevé qu'on ne le pense.
Ensuite, la bonne stratégie consiste à trouver le bon équilibre : versez-vous un salaire suffisant pour vivre et valider vos droits, et placez le reste. Cet argent travaillera pour vous au lieu de dormir sur un compte courant.
Le PER est un outil très stratégique ici. Quand vous faites une bonne année, vous pouvez augmenter vos versements pour réduire vos impôts tout en boostant votre épargne retraite. C'est un levier doublement gagnant pour piloter sa rémunération.
Enfin, pensez aux cotisations volontaires. Si vous avez des années creuses, cotiser volontairement à votre caisse de retraite peut vous permettre de ne pas perdre de droits et de valider des trimestres. C'est souvent moins cher que de les racheter plus tard.
Si votre entreprise est à l'impôt sur les sociétés (IS), vous pouvez investir sa trésorerie directement. C'est une possibilité que beaucoup de freelances ignorent, laissant parfois de grosses sommes dormir sur un compte qui ne rapporte rien.
Il existe plusieurs solutions pour les entreprises :
L'idée est de faire fructifier l'argent de votre société pendant que vous êtes en activité. Pour aller plus loin, il existe plusieurs façons concrètes d'investir son capital en tant qu'entrepreneur pour préparer sa retraite. Ce capital pourra ensuite être récupéré quand vous arrêterez ou liquiderez l'entreprise. C'est une façon indirecte mais très efficace de préparer votre retraite en utilisant les ressources de votre boîte.
Attention, il faut bien sûr anticiper la fiscalité de ces placements. Les gains financiers de l'entreprise sont soumis à l'impôt sur les sociétés. Il est donc important d'analyser l'impact fiscal global avant de se lancer, de préférence avec votre expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant qui pourra vous proposer un bilan patrimonial personnalisé et vous orienter vers les solutions les plus adaptées à votre situation.
La principale différence réside dans les cotisations : un freelance paie 100% de ses cotisations sans part patronale, ce qui entraîne une pension de base généralement plus faible qu'un salarié à revenus équivalents.
Il est essentiel de se verser un salaire suffisant pour valider ses trimestres et ses points de retraite, car les dividendes ne génèrent aucun droit à la retraite, ni de base ni complémentaire.
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est la solution la plus directe, car les versements sont déductibles de votre revenu imposable, ce qui permet de diminuer vos impôts tout en épargnant pour l'avenir.
Pour valider 4 trimestres dans l'année, il faut avoir perçu un revenu annuel au moins égal à 600 fois le montant du SMIC horaire, peu importe la répartition de ce revenu sur l'année.
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