La comparaison des statuts entre salarié, freelance, indépendant, dirigeant et salarié porté est une question centrale pour quiconque envisage de changer de mode d'exercice professionnel. Chaque statut produit un revenu net, une protection sociale et une fiscalité radicalement différents, même à niveau de rémunération brute identique.
Le salarié perçoit un salaire net après déduction des cotisations salariales (environ 22 à 25 % du brut) et bénéficie d'une protection sociale complète financée en partie par les cotisations patronales. Il n'a aucun risque financier lié à l'activité et accède à l'assurance chômage, aux congés payés et à une retraite complémentaire solide. En contrepartie, il ne maîtrise pas son revenu brut et ne peut pas optimiser sa fiscalité.
L'indépendant supporte l'intégralité de ses cotisations sociales, assume le risque d'activité et gère sa comptabilité. En contrepartie, il peut déduire ses charges professionnelles, arbitrer entre salaire et dividendes, et choisir son régime fiscal. Les différences entre salarié et freelance vont bien au-delà du seul revenu net mensuel : elles touchent la retraite, la prévoyance et la stabilité du revenu.
Sur le plan de la retraite, l'écart est particulièrement significatif. Un salarié cadre cotisant au régime général et à l'AGIRC-ARRCO accumule davantage de droits qu'un indépendant TNS à revenu brut équivalent. Ce différentiel est souvent sous-estimé lors du passage à l'indépendance : il est conseillé de le compenser par une épargne retraite complémentaire (PER, contrat Madelin), dont les cotisations sont déductibles du revenu imposable pour les TNS.
Pour valider 4 trimestres de retraite en 2026, un indépendant TNS doit déclarer au minimum 7 212 € de revenus annuels (soit 6 fois le SMIC horaire brut par trimestre). Un micro-entrepreneur doit quant à lui encaisser un CA minimum variable selon son activité. En dessous de ces seuils, les trimestres ne sont pas validés, ce qui peut créer des trous dans le relevé de carrière.
Les indemnités journalières en cas d'arrêt maladie varient fortement selon le statut. Un salarié perçoit ses IJ dès le 4e jour d'arrêt (voire dès le 1er avec une convention collective favorable), calculées sur la base de 50 % du salaire journalier de référence. Un TNS subit un délai de carence de 3 jours et des IJ calculées sur une base plafonnée à 1/365e du revenu annuel, dans la limite de 69,72 € par jour en 2026. Un micro-entrepreneur sans CA encaissé ne perçoit rien. Ces écarts justifient souvent la souscription d'une prévoyance complémentaire (contrat Madelin pour les TNS) dès le passage à l'indépendance.
C'est sur ce point que l'écart est le plus brutal. Le salarié accède à l'ARE (allocation de retour à l'emploi) en cas de licenciement ou de rupture conventionnelle. L'indépendant TNS et le micro-entrepreneur n'y ont pas accès via le droit commun. Seuls les dirigeants assimilés salariés (SASU/SAS) peuvent souscrire une assurance chômage facultative via des organismes comme la GSC ou l'APPI, à leurs frais. Le salarié porté bénéficie quant à lui de l'ARE de droit, comme tout salarié.
La micro-entreprise est le statut le plus simple pour se lancer en freelance. Les cotisations sociales sont calculées sur le CA encaissé : 25,6 % pour les prestations BNC, 21,2 % pour les prestations BIC en 2026. Pas de déduction de charges réelles, pas de TVA sous le seuil de franchise, pas de comptabilité complexe. C'est le statut adapté pour démarrer, tester une activité ou exercer en complément d'un emploi salarié. Les démarches pour devenir auto-entrepreneur se font entièrement en ligne.
Au-delà de 30 000 à 40 000 € de CA en services, le régime réel TNS devient généralement plus avantageux : les charges professionnelles sont déductibles avant calcul des cotisations (40 à 45 % du revenu net). L'entreprise individuelle (EI) protège automatiquement le patrimoine personnel depuis 2022 sans démarche supplémentaire. L'EURL ajoute une personnalité morale distincte, utile pour crédibiliser la structure vis-à-vis des clients ou partenaires financiers. Les charges en entreprise individuelle varient selon le secteur et le niveau de revenus.
Depuis 2026, la réforme de l'assiette TNS simplifie le calcul : les cotisations sont calculées sur le revenu brut abattu de 26 %, ce qui réduit légèrement la base de cotisation par rapport à l'ancien système. La première régularisation sur les revenus 2025 a eu lieu en avril 2026 pour les indépendants déjà en activité.
Le dirigeant d'une SASU ou SAS est rattaché au régime assimilé salarié. C'est le régime le plus onéreux en charges sur la rémunération, mais aussi le plus protecteur, et le seul qui permet d'optimiser significativement via les dividendes sans cotisations sociales supplémentaires. Le calcul du revenu net d'un dirigeant dépend directement de l'arbitrage entre salaire et dividendes.
Les cotisations patronales et salariales combinées représentent environ 75 à 80 % du salaire net versé. En contrepartie, le dirigeant bénéficie du régime général de la Sécurité sociale : indemnités journalières sans délai de carence (après 12 mois d'affiliation), droits à la retraite de base et complémentaire AGIRC-ARRCO, et possibilité de souscrire une assurance chômage facultative via des organismes comme la GSC ou l'APPI. Si le dirigeant ne se verse aucun salaire, il ne cotise pas et ne bénéficie d'aucune couverture sociale.
La SASU est soumise à l'IS par défaut. Le taux réduit de 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles en 2026, puis 25 % au-delà. Laisser du bénéfice en société plutôt que de tout se verser en salaire permet de différer l'imposition et de financer la trésorerie ou la croissance à moindre coût fiscal. Les dividendes distribués sont ensuite soumis à la flat tax de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), sans cotisations sociales supplémentaires.
C'est le principal levier d'optimisation du dirigeant de SASU. En pratique, beaucoup se versent un salaire modéré (souvent autour du SMIC ou d'un montant couvrant leurs besoins courants) pour limiter les charges sociales, et complètent avec des dividendes en fin d'exercice. Ce schéma est légal mais doit être anticipé : les dividendes ne sont distribuables qu'après approbation des comptes et en présence de bénéfices distribuables. Un salaire trop faible réduit les droits à la retraite et les IJ, ce qui nécessite un arbitrage soigné selon la situation personnelle du dirigeant.
Le gérant majoritaire de SARL ou EURL relève du régime TNS. Les charges sont sensiblement moins élevées qu'en assimilé salarié (40 à 45 % du revenu net), mais la protection sociale est moindre. C'est un statut souvent privilégié par les entrepreneurs qui souhaitent maximiser leur revenu disponible à court terme, au détriment d'une couverture sociale complète. La comparaison avec la SASU via un simulateur de comparaison des statuts permet de chiffrer précisément ces écarts.
En 2026, les cotisations TNS sont calculées sur le revenu brut abattu de 26 % (réforme de l'assiette unifiée). Le taux effectif tourne autour de 40 à 45 % du revenu net. Des cotisations minimales de 1 224 € sont dues même sans rémunération, ce qui peut peser sur une activité démarrant lentement ou générant peu de revenus la première année. La base forfaitaire de cotisations la première année est d'environ 19 % du PASS, soit 9 131 € en 2026, avant régularisation sur les revenus réels.
Contrairement à la SASU, les dividendes versés par une SARL à son gérant majoritaire sont soumis aux cotisations TNS pour la part excédant 10 % du capital social. Avec un capital faible (ce qui est courant), presque la totalité des dividendes est donc soumise à cotisations, ce qui annule l'avantage fiscal théorique. Ce point est souvent négligé lors de la création et conduit à des arbitrages sous-optimaux.
L'EURL est une SARL à associé unique. Leur régime social et fiscal est identique pour le gérant majoritaire. La différence réside dans la capacité à accueillir des associés : la SARL permet jusqu'à 100 associés, ce qui en fait la structure de référence pour les projets à plusieurs fondateurs dans les secteurs du commerce, de l'artisanat et des professions libérales non réglementées. L'EURL convient à un indépendant souhaitant exercer seul avec une personnalité morale distincte et une responsabilité limitée.
Le portage salarial permet d'exercer en indépendant tout en conservant le statut de salarié. Le consultant signe un contrat de travail avec une société de portage, qui facture ses missions à ses clients et lui reverse un salaire après déduction des charges sociales (patronales et salariales) et de sa commission. Les critères pour bien choisir sa société de portage sont déterminants sur le revenu net final : les commissions varient de 5 à 10 % selon les prestataires, les services inclus et le volume d'activité.
Le revenu net en portage représente en moyenne 45 à 50 % du CA HT facturé. C'est moins qu'en micro-entreprise à CA identique, mais la protection sociale incluse (chômage, congés payés, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO) compense largement pour les profils qui en ont besoin.
Le portage salarial convient particulièrement aux consultants en transition professionnelle qui souhaitent maintenir leurs droits sociaux, aux cadres qui testent une activité avant de créer une structure, et aux indépendants à mission irrégulière qui ont besoin du filet de sécurité de l'assurance chômage. C'est aussi une solution courante pour les professionnels de santé indépendants ou les artisans spécialisés comme dans le detailing automobile qui souhaitent sécuriser leurs droits avant de créer leur structure.
| Statut | Charges sociales | Chômage | Retraite | Fiscalité | Complexité |
| Salarié | ~22-25 % du brut (part salariale) | Oui | Forte | IR (barème) | Nulle |
| Freelance micro-entreprise | 12,3 % à 25,6 % du CA | Non | Faible | IR (versement libératoire possible) | Très faible |
| Indépendant TNS (EI/EURL) | ~40-45 % du revenu net | Non | Moyenne | IR ou IS | Moyenne |
| Dirigeant SASU/SAS | ~75-80 % du salaire net | Possible (convention) | Forte | IS + flat tax dividendes 31,4 % | Élevée |
| Gérant majoritaire SARL | ~40-45 % du revenu net | Non | Moyenne | IS + cotisations TNS sur dividendes | Élevée |
| Salarié porté | ~50 % du CA HT (dont commission) | Oui | Forte | IR (salaire) | Nulle |
| Statut | Cotisations / charges | Revenu net avant IR (estimation) |
| Micro-entreprise (BNC) | 20 480 € (25,6 % du CA) | ~59 520 € |
| EI / EURL (TNS, 20 000 € de charges) | ~24 000 à 27 000 € sur 60 000 € nets | ~33 000 à 36 000 € |
| SASU (salaire 30 000 € net + dividendes) | ~24 000 € de charges sur salaire | ~30 000 à 45 000 € (selon dividendes) |
| Portage salarial | ~40 000 € (charges + commission 8 %) | ~38 000 à 42 000 € |
La micro-entreprise reste le point d'entrée naturel : zéro capital, cotisations uniquement si CA encaissé, cumul possible avec un emploi salarié. Les étapes pour devenir auto-entrepreneur se font en ligne en quelques minutes. Le portage salarial est une alternative si vous souhaitez conserver vos droits au chômage pendant la transition. Ces deux options permettent de valider un modèle économique avant d'engager des frais de création de société.
Le régime réel TNS (EI ou EURL) devient avantageux dès que les charges déductibles sont significatives : matériel, sous-traitance, déplacements, loyer professionnel. Le calcul du revenu net en indépendant TNS permet de chiffrer précisément le point de bascule par rapport à la micro-entreprise. En général, dès que les charges réelles représentent plus de 30 % du CA, le régime réel devient plus favorable. C'est aussi le moment d'envisager l'option IS pour lisser l'imposition sur les années à fort bénéfice.
La SASU est le choix naturel pour les consultants avec un TJM élevé : protection sociale forte (régime général, AGIRC-ARRCO), dividendes taxés à 31,4 % sans cotisations sociales, structure crédible pour les grandes entreprises. Elle implique une gestion comptable rigoureuse (bilan annuel, dépôt des comptes) et des coûts fixes plus élevés (expert-comptable, frais de greffe). Pour un consultant qui facture plus de 80 000 à 100 000 € par an, l'économie réalisée sur les dividendes compense généralement ces frais. Le portage salarial convient si vous ne souhaitez pas gérer de société et voulez conserver l'accès au chômage.
À 60 000 € de CA en prestations de services en 2026, le revenu net disponible avant IR est d'environ 44 640 € en micro-entreprise (25,6 % de cotisations), 33 000 à 36 000 € en TNS (après charges et cotisations), et autour de 20 000 à 25 000 € en assimilé salarié sans dividendes. La SASU devient avantageuse avec un mix salaire/dividendes optimisé au-delà de 80 000 € de CA.
Non, directement. Un salarié qui démissionne pour créer son entreprise perd ses droits à l'ARE, sauf dans le cadre d'une démission pour projet (sous conditions strictes). La rupture conventionnelle ou le licenciement ouvrent les droits au chômage. Le portage salarial permet en revanche de cumuler activité indépendante et droits salariaux dès le départ.
Un assimilé salarié (SASU/SAS) cotise au régime général et à l'AGIRC-ARRCO, ce qui génère davantage de points de retraite complémentaire qu'un TNS. Un TNS cotise à la SSI (Sécurité sociale des indépendants) avec une retraite complémentaire plus faible. La différence peut représenter plusieurs centaines d'euros de pension mensuelle à niveau de revenus identique.
Non, il n'existe pas de plafond légal de CA en portage salarial en 2026. La seule contrainte est un seuil minimum : la rémunération du consultant porté doit être au moins égale à 70 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit environ 2 828 € brut par mois. En dessous, le recours au portage salarial n'est pas possible.
Sources : URSSAF 2026, service-public.fr. Mis à jour : mai 2026.
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